MÓRICZ (Z.)


MÓRICZ (Z.)
MÓRICZ (Z.)

Grande figure du réalisme hongrois dans la première moitié du XXe siècle, ce romancier puissant se distingue par l’étendue de ses thèmes et sa vision nuancée. Engagé au service de sa mission humanitaire, chacun de ses écrits peut être considéré comme un signal de détresse exhortant à la transformation fondamentale de son pays. Son œuvre offre une vue d’ensemble de la société magyare contemporaine, laissant transparaître les problèmes de sa vie privée qu’il cherche à élucider.

Une carrière d’auteur

Né à Csécse, Zsigmond Móricz est étroitement lié par ses origines à la paysannerie, mais son instruction le voue à une carrière intellectuelle. De pénibles recherches d’expression aboutissent à la nouvelle Sept Sous (Hét krajcár , 1909): sa voie est tracée, sa valeur reconnue, il devient le chroniqueur de la province hongroise. Son premier roman, Fange et or (Sárarany , 1910), imprégné de naturalisme, retrace l’ascension et la chute brutale d’un paysan révolté contre sa condition, personnage dont son père lui avait fourni le modèle. Derrière le dos de Dieu (Isten háta mögött , 1911) est l’histoire tragi-comique d’une Madame Bovary hongroise. Le Flambeau (A fáklya , 1917) illustre, à travers le calvaire d’un jeune pasteur de village, l’échec des intellectuels qui veulent sauver le monde grâce à l’amour du prochain.

Il est reporter pendant la guerre et, en pacifiste convaincu, décrit ses effets déshumanisateurs dans Pauvres Gens (Szegény emberek , 1916). Son enthousiasme pour les révolutions de 1918-1919 lui vaut d’être persécuté à l’heure de la terreur blanche; exclu des sociétés littéraires, il se retire à la campagne et publie, en 1920, Sois bon jusqu’à la mort (Légy jó mindhalálig ), récit des souffrances d’un enfant dans le monde des adultes. À la même époque, il fait triompher la pureté morale dans Papillon (Pillangó , 1925), idylle d’amour de jeunes paysans se déroulant sur un arrière-plan de misère. Il consacre plusieurs romans à la noblesse décadente et parasite, Ripailles des seigneurs (Úri muri , 1928), La Famille (Rokonok , 1932). Rédacteur de la revue Nyugat (Occident ) à partir de 1929, il se retire en 1933, ses principes militants étant incompatibles avec l’esprit purement littéraire de la revue.

Vers 1930, il ouvre son œuvre aux problèmes de la bourgeoisie urbaine et à ceux de la banlieue ouvrière. Dans Barbares (Barbárok , 1932), la structure du récit change: thèmes et formes deviennent plus dramatiques, l’atmosphère rappelle celle de la ballade folklorique.

En 1935, il termine sa trilogie historique Transylvanie (Erdély ), dont les personnages principaux, les princes Báthory et Bethlen, incarnent à la fois des comportements humains différents et des idées de transformation nationale contraires. Leur complexité déjoue toute interprétation simpliste: l’un représente tantôt la révolution, tantôt la destruction, l’autre la réforme ou la construction.

C’est dans la paysannerie que Móricz voit une possibilité de sauver le pays au seuil de la guerre, et il dirige la revue Peuple d’Orient (Kelet Népe , 1939-1942) dans cet esprit. Il écrit Un homme heureux (Egy boldog ember , 1935), roman en forme de reportage où la prospérité toute relative du héros est l’unique condition de son bonheur. Il publie ensuite Árvácska (1940) où s’expriment en «psaumes» les malheurs d’une jeune orpheline. Brigand (Betyár , 1936) et Rózsa Sándor (1941-1942) ont pour héros des paysans devenus bandits d’honneur. Sa dernière œuvre a la grandeur et l’universalité des mythes des épopées populaires. Móricz mourut à Leányfalu, près de Budapest, où il s’était retiré.

Un réalisme social

Pour Móricz, la littérature est le miroir de la conscience d’une nation; ainsi, ses œuvres reflètent la situation de son pays, mais ne contiennent pas de jugements explicites. Sa conception réclame une forme réaliste et impersonnelle, capable d’émouvoir par la simple exposition des faits.

Le naturalisme était un des moyens d’y parvenir. Mais de la méthode naturaliste du XIXe siècle il n’a gardé que le refus de l’idéalisation, la cruauté des thèmes, le choix du vrai au détriment de l’agréable. La théorie de l’hérédité n’est pas utilisée, c’est la provenance sociale qui décide du sort des personnages. Dans la plupart de ses œuvres, l’«individu moyen» cède la place à l’«individu problématique». Les héros de Móricz se trouvent au carrefour de plusieurs idéologies tout en se débattant, comme l’auteur, entre deux types de femme: la bienheureuse, femme maternelle, et la belle, femme fatale. Incapables de se décider, ils s’acheminent vers une fin tragique: mort ou dépravation.

L’analyse psychologique qui préside au déroulement de l’action ne se manifeste qu’à travers les paroles ou les actes des personnages. Grâce à cette autonomie, la composition gagne à la fois en naturel et en intensité dramatique. L’expression bénéficie d’un langage vigoureux, concret, nourri des sèves vivifiantes du terroir.

Lui-même s’intègre à la tradition réaliste de la prose hongroise et trouve de nombreux successeurs, surtout parmi les écrivains préoccupés du sort de la paysannerie hongroise. Mais la critique littéraire hésite souvent à qualifier Móricz: certains l’enferment dans le naturalisme, et d’autres voient en lui un précurseur du «réalisme socialiste».

Encyclopédie Universelle. 2012.

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